Galsim revint au camp six jours plus tard, épuisé. Il raconta à Ursula toute son histoire et donna le manteau à Asaliah, avec qui il discuta de sa mésaventure. Asaliah devait avoir environ le même âge qu’Ursula mais il était aveugle et il semblait avoir vécu des choses incroyables. Son visage même l’indiquait. Ursula comparait Galsim à Asaliah et quand Galsim ratait un exercice, elle le réprimandait en disant « Asaliah n’avait pas besoin d’un talent pour être un bon magicien » ou « Si tu travaillais plus, tu serais aussi fort qu’Asaliah ». Galsim savait que le nom Asaliah était aussi celui d’un ange. Un jour, Asaliah interrompit le cours de Galsim et l’emmena dans un bureau étroit pour parler :
« -Galsim, si je t’ai convoqué, c’est pour te parler de ton accès de folie lors du combat contre les sorciers.
-Je ne voulais tuer personne, j’étais là pour surveiller. Je ne sais pas…
-Oui, oui. Nous savons toutes ces choses. Mais tu m’as dit que tout ces sorciers était là pour trouver le manteau et le voler.
-Ils ne voulaient pas vraiment le voler car, d’après mes recherches, si ce manteau est celui que je pense qu’il est, il leur appartenait.
-Le manteau appartient à tout le monde, mais tu as raison. Que s’est-il passé ?
-Vous savez déjà tout ça, non ? Je vous l’ai raconté.
-Tu ne m’as peut être pas tout dit. »
Une lueur étrange brillait dans les yeux sans vue d’Asaliah. Galsim frissonna. Il avait un doute. Il avait tout raconté. Pourtant, Asaliah cherchait à savoir quelque chose, et l’information qu’il cherchait avait l’air précieuse. Ce manteau avait quelque chose, c’était certain. Galsim tenta de poser une question, mais Asaliah le coupa :
« Laisse-moi te raconter l’histoire de ma vie, Galsim. J’avais six ans le jour où le sorcier Andria me rendit aveugle. Il tua mon maître et je dus poursuivre mes études avec un autre magicien. Je travaillait de plus en plus afin d’atteindre le niveau suffisant pour tuer le sorcier qui m’avait rendu ainsi. Puis, à quinze ans, je fis un cauchemar. Je voyais mon nouveau maître mourir sous mes yeux. J’avais eu ma première prémonition. Je me retirai alors dans un champ pour hurler. J’hurlais que je tuerai le sorcier qui m’avait privé de la vue. Puis je prononçais un sort pour que mes cris arrivent jusqu’à lui. Je rentrai chez moi quand, sur le chemin, à vélo, arriva une jeune fille (Galsim sourit. Il savait de qui Asaliah parlait). Elle m’avoua qu’elle avait entendu des cris et qu’elle avait accouru pour en voir la source. Je lui avouai que c’était moi qui criais, et elle demanda pourquoi. Et je fis ce que je n’aurais pas dû faire. Je lui racontai toute mon histoire, sachant bien qu’elle était une mortelle, et qu’elle ne me croirait. Je savais aussi qu’il était interdit de parler de magie avec les mortels. Mais elle me réconforta et j’oubliais bien vite mon erreur. Mais notre discussion fut de courte durée. J’aperçus un sorcier qui rôdait. La fille prit son vélo et je grimpai sur le porte-bagages. Arrivés en ville, trois sorciers nous poursuivaient. Je pris alors le guidon du vélo pour conduire et une course-poursuite s’engagea. Nous finirent par semer les sorciers, mais le vélo tomba en mille morceaux. Nous firent la route ensemble pour rentrer chez moi, mais quand j’arrivais, ma maison était en feu et mon maître fut tué sous mes yeux par Andria. Ma prémonition s’était réalisée. La jeune fille et moi allâmes nous cacher après avoir vu cela, et Andria ne partit pas à notre recherche. La fille m’avoua alors que si elle avait crû mon histoire, c’est parce se parents étaient des magiciens et qu’ils avaient été tués par un ennemi du même style. Nous passâmes alors un accord. Si elle m’aidait à tuer Andria, je l’aiderai à tuer le sorcier qui avait pris la vie de ses parents. La jeune fille s’appelait Ursula, et elle devint rapidement ma meilleure amie. Oh, il se fait tard, Galsim, je dois partir.
-Pourquoi m’avoir raconté tout ça ?
-Parce que je n’ai jamais raconté cette histoire à personne, et que ça fait du bien d’en parler.
-Pourquoi en parler avec moi, alors ?
-Tu as tué des gens, Galsim. Je voulais juste te dire qu’il était inutile de culpabiliser. Tu ne savais pas ce que tu faisais. J’ai laissé mes deux maîtres mourir sans pouvoir les sauver, et pourtant, si tu savais la suite de l’histoire…
-Avez-vous culpabilisé ?
-Oui, beaucoup, mais j’ai réussi à oublier cela car je n’étais pas responsable de leur mort, c’était Andria le coupable.
-Est-ce qu’Andria est mort ?
-Je te l’ai pourtant déjà dit, Galsim, je n’ai pas le temps de raconter des histoires et cette histoire est longue. Ah, avant de partir, Galsim, écoute. J’ai déposé le manteau dans ta chambre. Tu pars bien en mission, demain ?
-Oui, je dois rapporter une amulette, tombée dans les égouts de Paris.
-Bien, prends le manteau avec toi mais ne le mets pas, surtout.
-Pourquoi l’emmener, dans ce cas.
-Nous verrons ce détail plus tard. Au revoir, Galsim.
-Au revoir, conclut-il. »
Il sortit du bureau et marcha jusqu’à sa petite chambre en réfléchissant à sa mission. Comment retrouver une amulette dans un égout qui parcourt tout une ville ? Il arriva finalement dans sa chambre étroite et se coucha immédiatement après avoir fait un concours de blagues avec Ursula (elle l’y avait forcé). Les magiciens devaient partager leur chambre avec leur maître, et Galsim s’entendait à merveille avec Ursula. Son maître était une femme douce et gentille et Galsim progressait bien. Ils riaient et mangeaient ensemble malgré leurs dix ans de différence. Ils avaient même inventé un sort où deux hologrammes faisait un duel magique. Après avoir souhaité bonne nuit à son maître, il s’endormit en songeant au manteau. Lorsqu’il le regardait, une voix rauque et sombre l’appelait.